Halima El Bakhti évoque une “période noire” pour justifier ses trous de mémoire
Systématiquement, alors que la présidente essaie de lui faire décrire les violences commises sur Inass et la raison de ces sévices, l’accusée invoque des trous de mémoire.
“Les gifles je m’en rappelle. Les morsures, je ne me rappelle pas.
On dit même qu’elle était cassée… Je m’en rappelle pas.”
La présidente énumère: “Des plaies sur la tête, sur les bras, sur le torse, sur les fesses, sur les jambes, dans le dos. C’est pas une plaie, c’est une vingtaine de morsures, toutes les cicatrices, les hématomes, les fractures… Vous n’avez aucun souvenir de ce qui a entraîné toutes ces lésions?”
Halima El Bakhti répond: “Je ne m’en rappelle plus, madame. Je vous jure. Ce n’est pas que je ne veux pas dire, mais c’est vrai, je ne me rappelle pas. (…) C’est ma période noire.”
“Quand la petite est morte, moi aussi j’étais morte”, indique l’accusée à la barre
Depuis une demi-heure, la présidente ne lâche pas et tente de faire dire à Halima El Bakhti quelles violences elle a commises sur sa fille: “Expliquez-nous comment cela est arrivé. Ce ne sont pas que des gifles et des coups.”
L’accusée: “A ce moment-là, je ne savais pas ce que je faisais, madame. C’est affreux, comment j’ai pu faire tout ça.”
La présidente reprend: “Vous comprenez qu’il soit étonnant que vous n’ayez pas de souvenir de ce qu’il s’est passé?” Halima El Bakhti assure qu’elle “ne se rappelle plus”. “Il y a des choses dont je me rappelle pas. Il y avait beaucoup de souffrance. Quand la petite est morte, moi aussi j’étais morte.”
“Quand la petite est morte, moi aussi j’étais morte”, indique l’accusée à la barre
Depuis une demi-heure, la présidente ne lâche pas et tente de faire dire à Halima El Bakhti quelles violences elle a commises sur sa fille: “Expliquez-nous comment cela est arrivé. Ce ne sont pas que des gifles et des coups.”
L’accusée: “A ce moment-là, je ne savais pas ce que je faisais, madame. C’est affreux, comment j’ai pu faire tout ça.”
La présidente reprend: “Vous comprenez qu’il soit étonnant que vous n’ayez pas de souvenir de ce qu’il s’est passé?” Halima El Bakhti assure qu’elle “ne se rappelle plus”. “Il y a des choses dont je me rappelle pas. Il y avait beaucoup de souffrance. Quand la petite est morte, moi aussi j’étais morte.”
Halima El Bakhti “ne savait pas pourquoi elle tapait sa fille”
Audrey Debeugny tente cette fois-ci de faire parler Halima El Bakhti sur les violences commises sur sa fille: “Dans ce contexte-là, quelles violences reconnaissez-vous avoir commises sur Inass?
– Des gifles, je savais pas pourquoi je tapais ma fille. C’est ce dont je me rappelle.
– Est-ce que c’est parce qu’elle vous rejette? Parce qu’elle pleure?
– Elle pleure, elle ne veut pas que je la change. Quand je lui donne à manger, elle vomit. Elle ne parle pas, ne veut pas jouer. Elle ne veut rien, absolument rien.”
La présidente interroge l’accusée sur le contexte des violences sur Inass
La présidente encourage encore Halima El Bakhti à revenir sur le contexte dans lequel les violences sur Inass sont survenues. Elle décrit un quotidien très chargé, entre le travail à la boutique et l’éducation des enfants.
“J’étais comme un robot. Faut faire ceci, faut faire cela. Faut aller chercher ci, chercher ça… Il y a pas de repos, pas un moment pour moi et mes enfants, absolument pas”, relate-t-elle à la barre.
“C’était coupé entre ma fille et moi”, commente l’accusée
Inass, qui avait 4 ans lors de sa mort, devait faire sa première rentrée à l’école en septembre 1987. Elle sera retrouvée morte le 11 août 1987.
“La seule inscription c’est pour septembre 1987. Elle avait quatre ans. Pourquoi n’est-elle pas allée à l’école dès ses 3 ans?”, demande la présidente. “C’était coupé entre ma fille et moi”, lance l’accusée, toujours à la barre.
“Qu’est-ce que ça veut dire, c’était coupé entre votre fille et vous?”, relance Audrey Debeugny. Un ange passe, puis: “Je l’ai inscrite à sa troisième année pour faire sa première année de maternelle. Mais j’ai pas pu l’emmener. (…) Je la giflais, je m’en occupe pas tellement. Elle m’accepte pas, je l’accepte pas. C’était très, très dur, pour elle et pour moi.”
Halima El Bakhti affirme que sa fille voulait “partir” avec sa grand-mère
Halima El Bakhti, qui raconte le retour d’Inass en France vers 1984 ou 1985, indique que sa fille ne supportait pas d’être changée de milieu, pleurait beaucoup.
“Comment vous réagissez à ces pleurs et ces cris?”, lui demande Audrey Debeugny, la présidente. “Je lui dis qu’elle va se calmer, je lui tiens la main… Rien à faire. Elle pleurait tout le temps, elle voulait partir avec ma mère.”
“Elle pleurait tout le temps”, l’accusée décrit le retour de la petite Inass en France
Elle explique avoir décidé, quelque temps plus tard, d’aller récupérer sa fille au Maroc. Selon les calculs de la présidente, Inass avait un an à ce moment-là.
“Elle ne vous reconnaît pas?
– Absolument pas.
– Comment se passe son retour en France?
– Le jour du départ, on a été à l’aéroport de Casablanca. Ma mère était avec nous. Quand ma mère était là, ça allait. Ma mère nous dit au revoir, elle part parce qu’on va embarquer. La petite s’est mise à pleurer, crier. Elle pleurait tout le temps”, décrit Halima El Bakhti.
Halima El Bakhti assure avoir laissé Inass au Maroc à regret après sa naissance
La présidente demande à présent à l’accusée de revenir sur la naissance d’Inass, en 1983. Cette année-là, Halima El Bakhti part au Maroc avec ses deux filles aînées pour accoucher de sa troisième fille.
Après avoir donné naissance à Inass, elle explique avoir tenté de reprendre son poste d’institutrice mais avoir subi des pressions de son mari, resté en France, pour rentrer. “Moi, j’avais envie de rester au Maroc. La petite était là, mes filles sont avec moi. Retravailler et rester avec ma famille. Mais son frère m’a dit de laisser le bébé à ma mère, puis tu vas partir. Le lendemain, il me ramène les billets. Dans les billets, il n’y a pas le bébé”, relate encore Halima El Bakhti, qui dit avoir abdiqué.
“J’ai eu peur pour (ses filles aînées, NDLR), juste pour les filles. Pour le moment, elles sont avec moi, mais demain qu’est-ce qu’il va se passer? C’est une peur que j’avais, j’ai baissé la tête et je suis rentrée sans ma fille, sans ma moitié.”
Elle indique encore: “En arrivant à Orly, je sens que quelque chose en moi est parti, je ne suis pas entière. Une partie de moi n’est pas là.”
Née au Maroc, Inass n’a “pas accepté” d’être amenée en France, assure l’accusée
Halima El Bakhti est désormais interrogée sur les faits. “Qu’est-ce que vous voulez nous dire sur les faits qui vous sont reprochés?”, l’interroge la présidente, Audrey Debeugny.
L’accusée prend son temps pour répondre, cherche ses mots, hésite. “Je ne sais pas ce qu’il se passe entre ma fille. Pourquoi c’est arrivé, pourquoi il y a un obstacle entre elle et moi. Pourquoi elle m’accepte pas et je ne l’accepte pas. C’était très, très, très dur. Pourquoi on est arrivé à ça, comme ça…”
“Elle vous acceptait et vous ne l’acceptiez pas? Qui n’accepte pas?”, tente d’éclaircir la présidente.
“Quand elle était au Maroc près de ma mère, elle était bien (Inass est née au Maroc, NDLR). En la ramenant ici…” Elle secoue la tête.
“Je sais pas comment vous le dire. Elle a pas accepté qu’elle s’éloigne de là où elle était, de la maison où elle a ouvert les yeux. Elle n’a pas accepté qu’elle soit retirée du milieu où elle était. C’était étrange pour elle. Ça a changé complètement, pour elle. Comme pour moi”, poursuit-elle. “Avant, quand je venais d’arriver ici, c’était pareil. D’une vie à l’autre. On a pris ma vie et on l’a renversée, de haut en bas. J’arrive pas… Je trouve pas le mot. C’est un changement, d’une vie à une autre.”
Des photos de famille projetées dans la salle
La présidente fait aussi projeter des photos de famille dans la salle d’audience. Sur l’une d’elles, on voit quatre enfants et trois adultes. “C’est une photographie prise au Maroc?”
– Il y avait ma mère, ma soeur, moi en blanc. Ensuite il y a la petite Inass”, ainsi que deux de ses soeurs et l’un de ses frères, décrit Halima El Bakhti.
Sait-elle quel âge avait Inass sur cette photo? “Non, je ne me rappelle pas, madame. Je ne peux pas dire n’importe quoi.”
Alors qu’on lui présente plusieurs autres photos, Halima El Bakhti répond plus franchement aux questions. “Là, c’était la chambre de Vitry. (…) Madame la présidente, j’avais toujours des photos.”
Un carnet parmi les scellés
Parmi les scellés que la présidente souhaite faire commenter à l’accusée, un carnet avec un nénuphar dans lequel elle a écrit à la fois en français et en arabe. “Avez-vous le souvenir d’avoir écrit dans un carnet, un journal intime?”, demande Audrey Debeugny.
“J’ai toujours souhaité faire un livre sur toute notre vie, mes enfants et moi. J’avais plusieurs cahiers”, répond l’accusée. “Je reconnais le carnet mais je ne sais pas ce que j’ai écrit dedans.”
La présidente annonce vouloir faire traduire les extraits écrits en arabe.
L’interrogatoire de la mère sur les faits démarre
L’audience reprend. La présidente annonce qu’Halima El Bakhti va être interrogée sur les faits. Celle-ci s’avance à la barre et croise les mains devant elle.
“Vous allez pouvoir nous répondre, madame?”, lui demande-t-elle. Réponse: “Je ne sais pas, madame.”
La présidente demande à l’huissier de présenter avant tout plusieurs scellés, des photographies et un carnet trouvés au domicile de l’accusée lors d’une perquisition. Ce dernier, ganté pour ne pas abîmer les objets, s’exécute.
Les accusés de retour dans la salle, l’audience va reprendre dans quelques minutes
Les deux accusés sont à nouveau dans la salle.
Ils reprennent chacun leurs positions habituelles: Halima El Bakhti les bras croisés sur son imperméable et Ahmed Touloub penché vers l’avant.
L’audience devrait reprendre d’ici quelques minutes.
D’autres lettres des enfants du couple d’accusés lues à huis clos, l’audience suspendue
La déposition de la médecin légiste est terminée. L’audience est suspendue quelques minutes et ne reprendra qu’à huis clos car d’autres lettres écrites par les enfants du couple d’accusés doivent être lues.
L’audience ne reprendra en public qu’à 14h30, après la pause déjeuner.
Une chute peut être un “facteur” du décès mais pas la cause unique
L’avocat d’Ahmed Touloub, le père d’Inass, interroge la médecin légiste à son tour. “Sur les causes du décès, on est d’accord qu’on n’a pas la cause du décès, c’est une succession d’événements qui ont conduit au décès?”, demande-t-il.
“Si, on a la cause du décès. Dans l’imaginaire des gens, la cause du décès c’est quelque chose d’unique. Mais en fait, dans beaucoup de dossiers, notamment de maltraitances sur des jeunes, c’est quelque chose de multifactoriel, il y a des choses imbriquées. Ces causes vont agir ensemble en synergie pour entraîner le décès”, répond le Dr Pauline Saint-Martin.
Halima El Bakhti, la mère d’Inass, affirme de son côté que sa fille est décédée à la suite d’une chute dans l’escalier. “Donc la chute contribue à la survenance du décès?”, demande encore Me Frank Berton.
“Si elle est survenue, elle peut avoir entraîné des lésions et être un de ces facteurs traumatiques qui ont participé à la survenue du décès”, explique l’experte.
Grande émotion côté public à la description du contexte de la mort d’Inass
Le procureur général, Stéphane Javet, prend la parole et s’adresse à la médecin légiste.
“En ce qui me concerne c’était la quatrième fois que je me replongeais, avec vous cette fois-ci, dans l’horreur de ce qu’a subi cette petite fille et ça reste particulièrement saisissant”, commente-t-il.
A la description du contexte dans lequel la petite fille a perdu la vie, notamment dans un “lent écoulement de sang dû à une ou plusieurs plaies récentes”, plusieurs personnes pleurent dans le public.
Les accusés, eux, gardent comme toujours la tête baissée.
Le décès d’Inass n’est pas directement “lié à une chute”, indique la médecin légiste
Pour expliquer la mort de sa fille, la mère d’Inass a pu évoquer une chute de cette dernière dans l’escalier la veille du 11 août 1987. Est-ce que le décès peut-être lié à une chute, demande Me Patrice Reviron, l’un des avocats de la partie civile?
“Non, le décès n’est pas lié à une chute. (…) Il n’y a pas de lésion traumatique à l’intérieur du crâne, du thorax ou de l’abdomen due à une chute qui entraîne un décès. Elle a pu participer à la survenue du décès de cette enfant qui était très fragilisée. Si elle est arrivée, elle a pu participer à l’ensemble des facteurs qui ont conduit au décès”, décrypte le Dr Pauline Saint-Martin.
La médecin légiste de retour à la barre
Alors que sa déposition avait été interrompue par le malaise de l’accusée, mercredi en fin de journée, la médecin légiste Pauline Saint-Martin est de retour au tribunal.
La présidente l’interroge à nouveau sur les fractures observées sur le corps d’Inass.
Elle dresse la liste de toutes ces lésions osseuses.
Les habitants de la commune de Suèvres n’ont désormais plus de places réservées dans la salle
Au début du procès, quatre places avaient été réservées à des habitants de la commune de Suèvres, où la petite Inass a été enterrée en 1987.
La commune avait demandé à se constituer partie civile, mais cette requête avait été rejetée.
Ce matin, la présidente annonce que ces quatre places ne leur seront désormais plus réservées. “Il n’y a pas de raison qu’elles aient quelque privilège que ce soit”, indique-t-elle.
Les accusés sont arrivés
Les accusés sont entrés dans la salle d’audience, vêtus du même imperméable beige que d’habitude pour la mère d’Inass, et de la même doudoune grise pour le père.
Les bancs réservés au public dans la salle sont pleins ce matin.
L’audience devrait commencer dans quelques minutes.
D’autres enfants du couple entendus à huis clos
Hier, après la déposition de deux médecins en début d’après-midi, la salle d’audience a été évacuée afin que d’autres enfants du couple, les frères et soeurs d’Inass, témoignent à huis clos.
Cela faisait suite à une demande de leur avocate, Me Eléonore Terrien-Freneau, acceptée par la cour.
L’évanouissement de l’accusée a interrompu l’audience mercredi
Mercredi, un incident est venu interrompre l’audience.
Alors qu’une médecin légiste était en train de rendre ses conclusions à la barre, des photos du corps martyrisé d’Inass ont été projetées dans la salle.
L’accusée s’est alors évanouie, tombant en avant et interrompant ainsi l’audience, qui n’a pas repris. Elle a ensuite passé la nuit aux urgences, mais était de retour au tribunal, hier matin.
L’interrogatoire d’Halima El Bakhti prévu aujourd’hui
Bonjour à toutes et tous.
Bienvenue dans ce direct consacré au cinquième jour du procès des parents de la “petite martyre de l’A10” pour “actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner” et “complicité” des mêmes faits.
Aujourd’hui, la mère de la fillette devrait être interrogée sur les faits.